lundi 7 avril 2014

F comme Feemo

Non ce n'est pas une faute d’orthographe. Je ne parle pas ici de la pâte à modeler Fimo. Mais bien de Feemo, un des personnages de mon roman pour ado Comme des lucioles dans le vent. D'après les commentaires reçus par mes premiers lecteurs, c'est le préféré des cinq.

C'est un jeune qui vit dans la rue.

Je me souviens très bien du moment où j'ai écrit l'intrigue l'entourant. Je voulais qu'en lisant son histoire, le lecteur soit touché et en arrive à penser que ça pouvait être son frère, son fils, son meilleur ami qui vivait cette situation. Je voulais qu'on ait envie de lui jaser, de lui offrir un café ou au moins de lui sourire.

À cet époque, j'écrivais régulièrement dans un café de la rue Ste-Catherine. Ce jour-là, je doute. J'ai travaillé avec beaucoup de jeunes, mais rarement avec des jeunes marginaux. Ce que j'en savais m'avait été raconté par d'autres intervenants. Mais comme l'écriture, ce n'est pas juste une question d'expérience, j'ai puisé dans mes impressions, mes images et mes quelques interactions avec eux.

Et j'ai écrit durant de longues heures, imaginant un de mes enfants vivant dans la rue... imaginant le grand câlin que je lui ferais si je le retrouvais.

En sortant du café, je croise un jeune qui quêtait au coin de Papineau et Ste-Catherine. Il me regarde en souriant, me tend la main. Je lui souris et fais non de la tête. Il insiste :

- T'as l'air fine tu pourrais m'inviter à souper!
- Faut que j'aille faire souper les enfants.
- Un câlin d'abord!

En plein milieu du trafic, je l'ai pris dans mes bras, longuement, comme si je serrais un de mes enfants. Ça nous a fait du bien à tous les deux.

Extrait - Comme des lucioles dans le vent (Feemo)

Leur regard se croise à nouveau et Fred sourit. Ça lui était arrivé souvent de croiser dans la rue ces adolescents qui sur un coup de tête quittent la maison et sont trop tête dure pour y retourner. La rue finissait par briser et détruire la dernière parcelle d’innocence et d’espoir qui tant bien que mal survivait au fond d’eux. Feemo, ne faisait pas exception, malgré une certaine assurance. Mais Fred avait trop vu cette carapace faites de peur et de colère, pour ne pas savoir que sous ses air,  se cachait un enfant mort de trouille. Il ne saurait sûrement jamais pour quelle raison le gamin s’était retrouvé tailladé dans la ruelle derrière l’hôpital, mais il était certain que ça ne serait pas la dernière fois.

Richard, un travailleur de rue, lui avait dit une fois : « Mon Fred, ces jeunes finissent par croire dur comme fer à la personnalité qu’ils se forgent dans la rue pour survivre, qu’ils en oublient leurs rêves, leur avenir, leur âme. Se sont des fantômes. Les squelettes que l’on cache dans les placards à l’abri du commérage. Mais la nuit, ils hantent la ville, corps sans âme. Sac de peau en liberté. »

- Ya pas de quoi mon petit gars. Fais attention à ta peau quand tu sortiras. Et si tu as un bobo à soigner, je suis ici toutes les fins de semaine jusqu’à six heures du soir, n’hésite pas, lance Fred accoté dans le cadre de porte.
- Peace, man!, murmure Feemo, deux doigts levés en signe de paix et de respect.

À part avec Chantal, c’était la première fois que Feemo ne se sentait pas comme un corps vide avec l’envie pressante de fuir. Plusieurs fois, il en avait eu marre de la rue. Mais où serait-il allé? À la maison? Un autre endroit où il fallait prétendre que tout allait bien et qu’on était au-dessus de ses affaires. Au moins dans la rue, c’était clair. Il savait à quoi s’attendre et savait ce qu’on attendait de lui. Sourire, offrir son corps et ramasser le cash, et surtout, surtout fermer sa gueule. Dans une vie antérieure, il s’appelait François Morin. Aujourd’hui il était Feemo, un bout de plasticine colorée, malléable et sans âme.


Avec respect!
ML

dimanche 6 avril 2014

La pause du dimanche #AtoZchallenge

Une pause bien méritée. J'ai écrit plus en 5 jours que dans les trois derniers mois. Je savais que j'avais besoin d'un coup de pied au derrière, mais là j'avoue que mon cerveau est en train de cuire.

Pour les curieux, vous pouvez visiter mon blogue en anglais AMBROZYA où je fais le challenge aussi. Le dernier article est une petite liste de blogues que j'ai découvert cette semaine.

A is for Answers
B is for Belinda
C is for The Comet
D is for Dragon
E is for Elephant
                                                     Being neighborly during the #AtoZchallenge

Avec respect!
ML

samedi 5 avril 2014

E - Échouer, la voie de la réussite

Si échouer dans la vie avait aussi peu de conséquence que de manquer une maison en pain d'épice, on n'en ferait peut-être pas autant de cas.

Durant de longues années j'ai écrit en secret. Seulement quelques personnes étaient au courant. J'avais si peur... de quoi? Je ne me souviens plus très bien. Je pense que c'était la peur des commentaires me disant que c'était poche ce que j'écrivais. Lorsqu'on a peur d'être critiqué, ce n'est pas "ce que tu écris qui est mauvais", ce qu'on entend c'est : "TU es poche!" Je faisais très peu de nuance entre ce que je faisais et qui j'étais. Bon, j'avais déjà l'estime de soi rampante et la retenue facile à cet époque.

Maintenant, il y a toujours un fond d'excitation, mais jamais la peur viscérale que j'éprouvais il y a 20-25 ans. Je me suis déjà fait dire qu'avec l'âge on devient plus sur de soi, etc., etc. Je connais des gens que même avec les années, ils ne vont jamais se lancer. L'instinct de survie devant une menace, même imaginaire est tellement plus fort... En fait, c'est à force de me péter la gueule que je suis devenue affirmée à propos de mes écrits. J'écris ça et je cherche un exemple d'échec...

Ce n'est pas au niveau de l'écriture que j'ai échoué. Si je regarde les attentes que mon père avait... Epic Fail! Parfois dans l'éducation de mes enfants, on m'a fait des remarques... Maintenant quand je regarde mes enfants aujourd'hui, ils sont si beaux, bien élevés, ouverts, expressifs, etc. Et je réalise que c'est là  que je me suis construite, avec eux. À force de perdre patience pour des niaiseries, de me sentir impuissante, petite, incapable; de manquer des recettes, d'avoir un compte de banque dans le rouge et faire de la magie pour qu'il y ait de la bouffe dans le frigo; de ne pas pouvoir acheter des cadeaux de Noël; de ne pas dormir pour étudier et à l'aube nourrir le bébé...

Quand je regarde en arrière ce qui est, selon les normes, une suite d'échecs, je me dis que la vie c'est ça. Si j'arrêtais de voir ça comme des échecs... mes enfants me rappellent que la fameuse maison en pain d'épice qui ne voulait pas tenir debout, on l'a mis dans le congélateur et on l'a fait tenir avec des cure-dents. Nous avons tellement rit. Que le frigo vide a été l'opportunité d'apprendre à faire des pousses de légumineuses et de cultiver un petit jardin sur le balcon et qu'à Noël nous avons joué à des jeux, ensemble, toute la nuit.

C'est toujours une question de perspective. Pour mes enfants, je suis la plus drôle, la plus créative des mères. Alors que pendant longtemps, j'ai trouvé ça difficile et qu'il y avait plus souvent de larmes que de rires.

Écrire est une passion qui m'habite depuis si longtemps et je me suis cachée pour que cette partie de ma vie reste intacte, loin du tourbillon et de la lourdeur. Quand je regarde derrière, peut-être que j'aurais pu m'exposer avant, car depuis que je le fais, je ressens de plus en plus de liberté...

J'ai très peu échoué dans ma vie, je réussis beaucoup de ce que j'entreprends. Tout simplement parce que je suis patiente et que je n'ai pas peur des coups... Mais plus je suis ouverte, moins il y a de coups, plus je suis vulnérable et plus il y a de force dans ce que je fais.

Faut-il absolument échouer pour comprendre tout ça? Ou bien, échec et réussite ne sont liés qu'aux attentes que nous avons de nous-même?

Avec respect!
ML






vendredi 4 avril 2014

D - La Diversité dans les livres

Diversité
Parfois je me pose la question. Comment puis-je favoriser la diversité dans mes romans? C'est une question à laquelle je suis sensible en général. Les médias, la télévision devraient être "transparents". La diversité devraient se manifester sans même que l'on ait besoin de faire remarquer qu'il "devrait y avoir plus de noirs, d'asiatiques, de latino-américains, etc."

En même temps, lorsqu'un personnage se manifeste dans une histoire, c'est une image qui se forme à mon esprit... et je suis désolée de constater que la diversité ne vient pas de soi. Dans mon roman pour adolescent, les personnages sont de jeunes québécois blancs. Je remarque aussi, que je n'ai pas envie de "décrire" la couleur de peau ou les traits ethniques des personnages. Ça sonnerait faux... J'aime la transparence et je n'ai pas de prise de position spécifique sur la question et je ne veux pas en faire.

Mais je me questionne...

Je n'oublie pas non plus que j'ai écrit un roman dont la première partie se passe en Afrique. Mais j'ai, avec beaucoup de parcimonie, décrit la couleur de peau. Je me disais qu'étant donné que nous sommes dans un pays d'Afrique noire, je n'avais pas besoin d'en rajouter. Le contexte crée l'image. Point.

Tout comme je ne décrirais pas la peau blanche, à moins peut-être d'écrire un roman érotique ou la peau et ses contrastes dicteraient une partie des descriptions.

Ce n'est donc pas simple tout ça. Je ne voudrais pas que du au fait que je sois de minorité visible, on m'impose une quelconque mission naturelle que de défendre la diversité dans mes propres romans. Si je le fais c'est parce que je le choisis. En fait, parce que les personnage l'auront choisi...

Dawara
Un mot sur le Général Jacques Dawara, un des personnages principaux de Lorsque le fond de la mer a trembléJ'éprouve une certaine fascination à développer des personnages méchants. Le Général Dawara, n'est pas méchant. Il est opportuniste, naïf, avec un intellect limité et une vision du monde à très courte vue. Ce sont les personnages les plus complexes à écrire, parce que les lecteurs ne les aiment pas. Mais il faut arriver à écrire un personnage que les lecteurs vont aimer détester, car il sert l'histoire et crée le contraste qui fait ressortir les qualités du héros.

Le Général Dawara est inspiré de certains dictateurs africains qui ont pris le pouvoir dans les 60, alors que plusieurs pays d'Afrique s'affranchissaient de la colonisation. Cette période est une véritable mine d'or d'information sur les coups d'États, les milices, les massacres de civils, etc. Pour m'inspirer ce fut très facile. Googlez "images général africain" et vous allez comprendre ce que je veux dire.

Avec respect!
ML

PS : Cet article a été écrit sous l’influence de la bière du vendredi.
Article écrit dans le cadre du défi A to Z blogging challenge


jeudi 3 avril 2014

C - Le Corps de l'artiste

J'ai commencé à écrire cette histoire au mois de novembre dernier dans le cadre du Nanowrimo 2013. Je ne me souviens plus d'où l'idée m'est venue. En général, une histoire surgit à mon esprit comme un ensemble diffus d'images, de sensations et d'impressions ou une envie d'explorer une certaine époque ou un milieu en particulier.

Dans Le corps de l'artiste, on se retrouve autour des années 1500. Je remarque que dans mes derniers élans d'écriture, je remonte de plus en plus loin dans le temps. Peut-être parce que certains éléments font appels au surnaturel et qu'il est beaucoup plus intéressant de faire surgir des spectres de manoirs en pierre, que d'un condo en ville. La vérité c'est que mon cerveau ne conçoit que très peu d'éléments dramatiques surgissant de mon quotidien. Il faut bien se garder un semblant d’équilibre mental.

C’est lorsque j’ai trouvé le titre que le déluge d'images est arrivé. À un certain point, j'ai même cru que j'allais faire quelque chose de plus long qu'une simple nouvelle. Ça peut toujours changer. Je n'ai pas encore terminé.

L'histoire en quelques lignes : Une jeune femme,  fascinée depuis l'enfance par la sculpture, décide de se rendre à la ville pour rencontrer un véritable maître-sculpteur et apprendre sous sa tutelle. Évidemment, à cette époque, sa famille ne saute pas de joie à l'idée de perdre une fille, bonne à marier, pour un atelier où il n'y aurait que des apprentis-garçons. La jeune artiste a à peine mis le pied dans la maison du sculpteur,  qu'elle se retrouve être le sujet de choix d'une étude sur la matière. Le maître l’utilise donc pour enseigner à ses élèves la transformation de la matière, à travers la transformation de soi.

Je ne vous en dis pas plus. En voici un court extrait, où le maître élabore sur la signature des œuvres :

« Lorsque vous signez votre œuvre, vous devez en ressentir la brûlure dans votre propre chair. C’est la seule indication que vous avez tout donné, que vous avez retranché de votre être les parties nécrosées; que vous avez essoré la moindre particule de sang et de sueur de votre corps éphémère.  Et votre âme, que vous avez poli inlassablement durant de longues heures, illumine de l’intérieur.  Cette flamme devient ce qui vous pousse, vous transporte vers l’avant et purifie votre esprit de tout ce qui n’est pas création pure. Chaque nouvelle œuvre sera issue du néant, et sa grandeur n’égalera que la profondeur de votre  abandon à la matière. La pierre et vous ne devez faire plus qu’un. Lorsque vous aurez atteint ce degré de maîtrise, vous pourrez, sans aucune hésitation, signer la matière brute, avant même d’avoir commencé à en extraire le chef d’œuvre. »


Cette nouvelle est développé en 5 ou 6 parties qui sont entrecoupées de d'autres récits. Le livre, d'environ 150 pages, forme un recueil de 8 nouvelles "noires" (incluant celle-ci). J'avais le goût d'explorer la thématique du maître-disciple, surtout dans cette nouvelle. Dans les autres nouvelles, je touche différents aspects reliés aux dynamiques de groupes sectaires, et l’ascendant des figures d'autorité sur nous. Et enfin, comment la peur ressentie dans une circonstance, peut nous faire oublier nos codes moraux et le simple bon sens...

Avec respect!

mercredi 2 avril 2014

B - Connaissez-vous Babel?

Connaissez-vous Babel?

Oui, il y a bien la fameuse tour mythique dont l'histoire est racontée dans la Genèse. Cette fameuse tour que les humains ont construite pour se rapprocher du ciel. Mais Dieu les trouvant trop ambitieux mis fin au projet en les "maudissant". À partir de cet instant, ils se mirent tous à parler des langues différentes et ne purent terminer la construction de la tour, se trouvant dans l'impossibilité de communiquer efficacement.  L'expression "Tour de Babel" fait maintenant image dans le langage (même chez les athées.)

crédit photo: John Elfasi (Voir)
Donc Babel... de nos jours. Au début de l'année, quatre jeunes inconnus, qui ne se connaissaient ni d'Ève, ni d'Adam (décidément) furent choisis après un processus fastidieux (examen écrit, entrevue, etc.) pour devenir blogueurs et blogueuses. On leur a demandé, tout simplement, pendant deux ans, d'observer le monde autour d'eux et de partager leur perspective de la vie urbaine dans une ville cosmopolite comme Montréal. Particularité : les jeunes doivent être issus d'une (ou des) communauté culturelle ou être de minorité visible.

Bon, avant que l'on pousse les hauts cris partout pour dénoncer l'instrumentalisation du "jeune" et des "immigrants", j'aimerais dire que ce que je trouve intéressant dans l'idée d'avoir des paramètres aussi précis, c'est que l'on permet à des groupes peu représentés dans les médias ou dans le discours mainstream d'avoir une voix.

Pourquoi veut-on les entendre parler? Parce que vivre dans une ville relevant d'une culture particulière alors que l'on est élevé principalement dans une autre, donne, selon-moi, une perspective très intéressante.  J'ai travaillé quelques années avec des jeunes immigrants ou de parents immigrants qui avait développé une troisième culture. Un mélange de la culture d'ici et de celle de leurs parents. C'est unique et en constante mouvance. Une culture riche et jamais fixée ou cristallisée dans quelque chose. On peut en reconnaître la présence, mais on ne pourrait en donner de caractéristiques précises.

Je vous parle de Babel, parce que ça vaut le détour. J'ai déjà dit ici que je ne lisais plus les journaux, mais ça ne veut pas dire que je ne lis plus rien. Je cherche des voix différentes, dissonantes, discordantes, pour me faire une opinion sur divers sujets. Peut-être qu'en bout de ligne, lorsque je me fais mon idée, je suis totalement d'accord avec les chroniqueurs à la mode ou les éditorialistes, mais j'aime faire des détours. Ça me garde l'esprit alerte. On s'endort trop facilement...

Ainsi nos quatre jeunes blogueurs ont choisi de façon unanime de nommer leur blogue Babel. Parce que ça fait image justement. L'aventure ne fait que commencer. Après seulement trois mois, je salue leur courage. Ils s'exposent à tout vent, avec la naïveté (je n'ai pas dit ça!) et la fraîcheur de leur regard sur le monde. Ils ne sont pas naïfs, loin de là. Ils questionnent et critiquent des choses que l'on ne regarde plus nous-même... la naïveté est du au fait que parfois l'inconscience de notre lucidité est une bénédiction.

Avec respect!
ML

Article écrit dans le cadre du défi A to Z blogging challenge






mardi 1 avril 2014

A - Pourquoi l'Afrique?

Un lecteur de Lorsque le fond de la mer a tremblé m'a demandé "Pourquoi l'Afrique?"

Habituellement on me demande si je suis déjà allée en Afrique. Non, je n’ai jamais mis les pieds en Afrique. Et peut-être que comme plusieurs autres personnes (je ne sais pas j’invente!) pour qui l’Afrique représente  le berceau de la race humaine, lorsque j’irai, je vibrerai au niveau unicellulaire et je m’assoirai sur le sol pour pleurer: enfin à la maison! 

Enfin, je n’ai pas besoin d’aller aussi loin dans le délire anthropologique pour être intéressée par l’Afrique, certains de ses pays ou ses multiples couleurs et cultures.

J’ai toujours été attiré par l’Afrique, tout comme je le suis de la Chine, du Japon et de certains pays le long de la côte méditerranéenne. Mon intérêt pour ce continent est marqué de violence, de discrimination, de racisme, d’exploitation, etc.  Je suis estomaquée et « broken-hearted » de voir ce qui se fait au vu et au su de la communauté internationale.

Depuis des années, je lis des articles sur des crimes perpétués contre les populations, contre les femmes surtout. Je ne lis pas le journal, mais j’ai le chic pour tomber sur ces articles quand je l’ouvre par hasard. Évidemment, j’ai lu et lis encore des choses sur ce qui s’est passé au Rwanda, en dehors de la propagande…

J’ai commencé à écrire cette histoire en 2006. Je ne travaillais pas et j’ai décidé de prendre du temps pour écrire. En fait, écrire a été comme la première bouffée d’oxygène qu’un noyé prend après son sauvetage. À cette époque, les moments pour écrire étaient devenus tellement rares que j’avais presque abandonné l’idée de devenir un jour écrivaine…

C’est ainsi que devant une page blanche, je me suis mise à raconter l’histoire de cette jeune femme qui se baigne dans une rivière aux eaux vives. (J’avais vraiment besoin de vacances.) C’est après sa baignade, lorsqu’elle rentre à la maison qu’elle retrouve sa tante grande aventurière, accompagnée d'un jeune homme et d'une petite fille venue d’Afrique.

C’est à ce moment-là que la magie a opéré. Il a simplement suffit que je me pose quelques questions : qui est-ce? D’où viennent-ils? Est-ce le père de l’enfant? Pourquoi sont-ils ici?

C’est venu d’un seul coup, un flash écœurant. Et je dis bien écœurant dans le sens de « j’en ai eu la nausée ». Une étincelle et j’avais l’histoire. Comme un film que j'aurais vu cent fois. Vous pouvez imaginer les longues journées d’écriture pour tout mettre sur papier avant que ma mémoire ne flanche.

Il y a dans ce livre, des impressions, des élans d’émotions liés à ces années de « recherche » sans savoir que je faisais de la recherche pour une histoire. Maintenant, je sais que lorsque j’accroche sur une situation, une personne ou une parole, je fais de la recherche passive pour des futurs romans. Je gobe de l’information sans rien faire avec, je laisse macérer (en général très longtemps) et à un moment donné, ça sort.

L’Afrique. Parce que l’Afrique m’habite comme citoyenne du monde. Je n’ai pas l’âme de travailleur humanitaire, mais si à travers l’écriture je peux faire en sorte que l’on porte le regard sur ce qui s’y passe, ça sera ma contribution.

Avec respect!